La "Joie de l'Amour"

AU-DELA DU « PERMIS-DEFENDU », DES PETITS PAS AU MILIEU DES LIMITES HUMAINES

Après un Synode des Familles original, le Pape François a publié en mars 2016, une exhortation apostolique bien nommée « Joie de l’amour » (ou « Amoris Laetitia »). En Équipe d’animation paroissiale, nous avons décidé d’organiser une soirée de présentation de ce texte par le père Roger Philibert.

Cette exhortation volontairement réaliste nous a touchés par le respect du chemin de chacun avec une liberté de ton certaine, des perspectives nouvelles et sa largeur de vue ! Aussi, lorsque le Cardinal Barbarin a proposé, ce dimanche 15 octobre, une soirée de « rencontre forte » destinée principalement aux personnes ayant vécu une rupture conjugale, nous nous y sommes rendus.

Une cathédrale bondée !

Dans une cathédrale bondée, Mgr Barbarin a commencé en reprenant ces mots du Pape : « J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur, pour s’entretenir avec eux. Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement, ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle. Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église » (Amoris Laetitia n° 312). Il a entendu « le cri » de ces personnes qui se sentent jugées, incomprises, exclues - c’est le mot qui revient le plus souvent -, devenues inutiles dans l’Église, qui reste pourtant leur famille et qui doit toujours être une « fraternité ». Il a ensuite demandé « pardon pour toutes ces blessures infligées à des frères et sœurs, par un regard, un jugement ou un rejet brutal »

Début octobre, lors de sa rencontre avec 80 prêtres de notre Diocèse, à Rome, le Pape François leur a dit d’une part de « refuser les adjectifs » qui cataloguent, stigmatisent comme divorcé-remarié, en considérant avant tout la personne, et d’autre part, de ne plus utiliser le « langage du permis/ défendu ». Certes, il reconnaît que le chemin est difficile, car il faut tenir la ligne de crête entre le « carcan réglementaire » et le « chacun fait comme il veut ». Le Pape ouvre un chemin de Réconciliation, en rappelant qu’un « petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés ». Face à ces souffrances, « la communauté de l’Église ne peut tenir ni la position simpliste d’interdiction d’accès aux sacrements, ni celle du refus d’une quelconque règle de l’Église : prendre le temps d’écouter en profondeur une personne au parcours sinueux marqué par la souffrance et la rupture, et se mettre avec elle sous la lumière de la Parole de Dieu, c’est effectivement une grande exigence ». Ce qui est demandé, c’est de se livrer ensemble à un vrai travail spirituel dans une attitude d’écoute mutuelle et de prière. C’est accueillir et aimer chacun tel qu’il est, là où il en est. Il a aussi rappelé aux pasteurs « les quatre verbes essentiels d’Amoris Laetitia : accueillir, puis accompagner, discerner et intégrer la fragilité ». Il les a invités à « aider les personnes en situation de rupture à retrouver leur place dans l’Église ».

Cela suppose d’une part, « que le fait de ne pas communier n’empêche surtout pas d’aller fidèlement participer à l’eucharistie (…) avec toute la fraternité de l’Église », d’autre part, qu’un accompagnement personnel puisse permettre à chacun de discerner où il en est dans sa vie spirituelle et, éventuellement, de retrouver le chemin de l’eucharistie et de la réconciliation. Car « deux convictions ne doivent jamais quitter les disciples de Jésus. La première, c’est que Dieu m’aime toujours (….). Et la deuxième : l’Église reste ma famille. Elle est une fraternité et plus encore, elle a besoin de moi ». Il a conclu avec les mots du Pape Benoît XVI : « Dans l’Église, on a besoin de tout le monde ! »

Des témoignages interpellants

Six couples ont ensuite témoigné de leur chemin. Nous avons été bouleversés par toutes ces personnes qui se tenaient debout, devant nous tous (un prêtre se tenait à leur côté, mais à distance) et osaient une parole humble et authentique. Pour plusieurs, une nouvelle union s’est édifiée, incluant une responsabilité de famille nouvelle et d’enfants. Ils ont exprimé simplement leur souffrance d’être touchés dans leur foi et marginalisés quant à leur place dans l’Église : « nous ressentions une vraie inadéquation entre le message du Christ et ce que nous renvoyaient les règles de l’Église Catholique », au point de s’auto-proclamer « le groupe des parias »… Des évènements comme l’accompagnement de leurs enfants vers les sacrements, les liens avec d’autres chrétiens et des prêtres, la recherche, pour certains, d’une bénédiction non-sacramentelle de leur nouveau couple, la prise progressive de responsabilités dans leur paroisse, leur ont permis de retrouver leur place. Certains ont été amenés à approfondir le sens des sacrements et à une relative pratique de la communion eucharistique, non pas par facilité, mais dans la logique d’un chemin parcouru, toujours avec d’autres, prêtres comme laïcs. Une très belle prière du soir, avec une magnifique prière universelle, nous a fait vivre une expérience d’une Église de frères, quelle que soit la complexité de notre situation conjugale.

Quelle suite donner ?

Une première exigence est de changer notre regard, afin de considérer les personnes dans leur chemin plutôt que les enfermer dans des cases, des jugements. Au-delà, mettons-nous à l’action pour que chacun puisse être accompagné et intégré pleinement dans la communion de l’Église. Le pape François insiste : il ne s’agit pas de remplacer une règle par une autre mais de proposer un accompagnement sans aucune barrière a priori. Son exhortation donne des points d’attention pour aider à réaliser cet accueil et cette joyeuse intégration nouvelle. Que vous soyez concernés pour vous-mêmes ou que vous connaissiez des proches qui seraient heureux d’être invités à ce chemin, n’hésitez pas à le leur proposer en frères : contactez un membre de l’équipe d’animation paroissiale et plus spécialement les trois signataires :

Gaël et Caroline Charveriat
Roger Philibert

NB : Sur ce site, vous pouvez lire, dans la rubrique Synode : le texte de Mgr Barbarin prononcé le 15/10, la prière universelle lue ce soir-là, ainsi qu’un condensé d’Amoris Laetitia.